vendredi 12 juin 2015

Du pain et des cerises : cherry+quinoa cornbread






Quand nous étions petits, nous passions une partie des vacances chez notre arrière grand-mère. Il s'agissait d'une maison dans la campagne, suffisamment isolée pour qu'il n'y eût aucun nom de rue avant longtemps, et pour faire des promenades entre les champs et les pierres blanches sans croiser personne d'autre que quelques oiseaux (et quelques serpents, parfois, sans qu'il n'arrivât jamais d'accident.) Le temps a passé plus vite que la vipère, mais j'aime à me souvenir de ces périodes douces où l'insouciance de nos enfances était aveugle des soucis des adultes, et auréolait le quotidien d'un naïf optimisme, plus blanc que les pierres blanches.
C'était un peu la fête des jeux, de la paresse et de la gourmandise, et les maîtres des lieux nous permettaient à peu près tout, nous avions le droit de sortir pendant le repas des grands pour aller courir dans le champ du fond, pour courir trop vite à la balançoire (à condition de ne pas abîmer les jolis rosiers), de dormir tard le matin et de regarder la vieille télévision à trois chaînes tard le soir. La nuit, on entendait très fort les grillons, et lorsque venait l'heure de la rentrée, nous attendions avec impatience les prochaines vacances pour retrouver des jeux de sœurs, de jeux sans outils, des jeux immuables, car l'enfance sait que l'habitude rassure.
Notre arrière grand-mère nous permettait honteusement de manger à peu près n'importe quoi à toute heure – mais nous sommes, je le crois, toujours restés dans les limites du raisonnable. A croire que la gourmandise non-régulée trouve seule ses barrières.
A l'heure du goûter, elle était souvent occupée à jardiner, avec son grand tablier qui ressemblait à une chemise de nuit avec des petits boutons sur le devant, et elle nous disait souvent, les deux mains dans ses rosiers, «Oh, débrouillez-vous avec du pain et des cerises.».
Le mot, courant, est resté célèbre, et si elle avait su sa vocation à rentrer au rang des maximes familiales, peut-être aurait-elle souri.
Oui, il fallait « se débrouiller avec du pain et des cerises », c'est à dire couper une tranche de gros pain livrée par le camion à la sonnerie tonitruante de la campagne et au passage régulier, le tartiner (ou non) de beurre (salé), et grignoter cela avec quelques cerises juste cueillies. Et l'office était fait.
Aujourd'hui, je pense souvent à ces goûter simples, à l'heure où tant de choses se sont compliquées.
Et j'aimerais souvent me lever en ayant pour seul souci le chant des grillons, les rosiers de la balançoire, et les jeux immuables.
Notre arrière grand-mère est aujourd'hui centenaire, preuve, s'il y en a besoin, que se débrouiller avec du pain et des cerises, ça conserve.





Ma gourmandise de petite fille, devant les premières cerises, a eu envie de créer un pain avec les cerises dedans.
Cette recette en est donc le résultat, tellement convainquant que je l'ai réédité à plusieurs reprises. Elle s'inspire d'un cornbread à l'italienne : les Italiens mettent souvent du riz à risotto dans ce genre de pain, et moi j'ai eu envie d'y mettre du quinoa. (Ne cherchez pas.)
Toujours est-il que, cornbread à la fois compact et juste sucré comme il faut, douceur aigrelette du quinoa, et cerises inside, c'est absolument fabuleux.
C'est à mi-chemin entre le pain et le gâteau. J'adore ce genre de cake-pain, parce que l'on peut le manger tel quel ou bien (et c'est là mon régal) légèrement imbibé de miel (ou sirop d'érable) versé au dernier moment. J'adore le faire griller auparavant, ainsi, en bouche, on a le goût puissant de l'alliance quinoa+sarrasin+maïs, dans une texture compacte et fondante en même temps, et l'ensemble est apaisé par la douceur du miel (qui, cru, donne le meilleur de lui-même).





 

 

 

Cherry + quinoa cornbread

(Pain au maïs, quinoa et cerises)

VGL, GF





50g de quinoa (pesé cru)
150 g de farine de sarrasin
150 g de polenta
1 cc de bicarbonate de soude
70 g de dattes (poids net)
½ pomme
120 ml de lait végétal (ou d'eau, ou moitié-moitié)
3 càs de miel
1 cs d'huile d'olive

Faites cuire la quinoa 15 minutes, puis égouttez-le.
Mélangez la farine, la polenta, le bicarbonate, le quinoa. Ajoutez la pomme coupée en fines lamelles, les dattes dénoyautées et coupées en petits morceaux, et mélangez.
Ajoutez peu à peu le lait, puis le miel et l'huile d'olive.
La pâte doit être assez compacte. N'hésitez pas à ajouter un peu d'eau si elle n'est vraiment pas malléable.

Étalez-la dans un moule à cake huilé et enfournez à 170°C pendant 55 minutes.
Le gâteau se conserve très bien une semaine emballé dans un torchon propre, j'aime le mettre au frais mais ce n'est pas obligatoire. Il se mange bien à température ambiante, mais il est délicieux très froid, ou au contraire, légèrement grillé (à la poêle ou au four).









9 commentaires:

  1. J'aime toujours temps quand tu nous racontes des histoires qui font ressurgir la saveur des souvenirs.
    Si la saison est bien courte, je vais m'empresser de réaliser ce pain-gâteau, que je vois bien accompagné d'un lait d'amandes bien frais. Le bonheur des choses simples, tu le partages si bien <3

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    1. *j'aime toujours tant, c'est mieux, même si on est toujours au temps des cerises ;-)

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    2. Merci de ton gentil commentaire, Emi! :) Avec un verre de lait d'amande, ce doit être fabuleux, effectivement!

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  2. Chez nous, ce n'était pas du pain et des cerises mais du pain et du chocolat! mais la douceur des vacances toutes simples et en dehors du temps était bien là aussi.... J'aime beaucoup ta proposition, je suis sûre qu'il sera délicieux au petit déjeuner. La saison des cerises est courte, mais je le tenterais bien avec des abricots ou des pêches aussi...voir des framboises mais j'ai un peu peur de l'acidité.
    Merci pour ces petites pépites de vie. Bon week-end à toi

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    1. Oh mais tu as raison, avec d'autres fruits, cela fonctionne parfaitement! (J'ai juste peur que des pêches ne viennent à détremper la pâte. Je suppose que cela fonctionne mieux avec des framboises, quitte à saupoudrer l'ensemble de sucre (glace- ou non) si tu as peur de l'acidité!
      Bon dimanche! :)

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  3. Petit rectificatif du petit-fils de Mamie Denise citée citée dans cette douce évocation des souvenirs d'enfance : elle disait en réalité " Du pain, du beurre et des cerises ! ".
    Il est vrai que le beurre est un excellent exhausteur de goût.
    Mais ma grand-mère, centenaire depuis 6 mois, n'en voudrait sûrement pas à son arrière petite fille pour cet oubli....L'essentiel étant de préserver les plaisirs simples !

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  4. Bonjour Céline,
    Je confirme, ce pain est un délice! Je le goûte à l'instant et il 'croustille' sous la dent. Difficile de s'arrêter à une tranche...! Je n'avais 'déjà' plus de cerises, alors j'ai simplement posé des tranches de pomme sur le dessus. Merci pour ton partage culinaire.
    Nastia

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  5. Article cool. Je passerai ici plus souvent

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