mercredi 7 janvier 2015

Charlie





Alors voilà.
Moi aussi, j'allais vous parler de tout autre chose aujourd'hui, d'une nouvelle recette, avec plein de photos, et de l'année 2015, avec du soleil dans les mots.
Mais, comme ici, et ici, je ne peux pas, absolument pas. Ces deux articles, le premier pour ses arguments fondés et si bien développés, le deuxième pour sa douce et optimiste poésie, épousent si bien mon point de vue que je me suis dit que je n'allais rien écrire du tout.
Ne rien rajouter, juste me taire.



Puis, j'ai eu envie.
De ne pas me taire.
De dire, d'écrire, oh, même en quelques lignes...Je ne veux pas être longue.
Je ne m'étendrai pas sur la violence de l'acte, sur la barbarie sans nom qui a guidé ces mains, qui a fait couler ce sang. J'aimerais surtout partager ma peur de l'Après.

Comment vivez-vous, comment vivons-nous, après cette nouvelle, après toute nouvelle de Mort?
Comment peut-on toujours couper tranquillement ses carottes pour la soupe, comment peut-on faire son sac pour demain, penser à tel ou tel rendez-vous, passer la serpillère et ré accorder la guitare?
Comment peut-on continuer à publier, même?
Et comment peut-on, dans une lenteur un peu mécanique, poursuivre la marche, se laver les dents, se coucher, éteindre la lumière... et les jours se suivent, les grains s'ajoutent au grains, la valse continue, rendez-vous au point d'orgue.
Comment peut-on reprendre le fil de notre quotidien, qu'il soit plus ou moins directement impacté par la Nouvelle...
Et que va-t-on dire aux enfants.

Ce qui m'effraie de cet Après est, également, peut-être encore plus, la récupération qui risque d'en être faite. Les réactions, isolées, puis massives. La violence par la violence, la haine par la haine. Ce n'est pas neuf... Qui va dire quoi. Qui va faire quoi, maintenant que tous les Hommes ont dans les mains cet événement qui peut vite se faire outil pour tout et n'importe quoi.
La vie est tout ce temps cassé (que l'on appelle le passé), la vie est faite de ces nouvelles qui attristent et qui effraient, et qui tombent sur le chemin comme des colis piégés, comme des grosses gouttes de pluie imprévues et glacées. Elles font froid dans la nuque lorsque l'on court dessous, froid dans le dos lorsque l'on voudrait continuer à courir, courir vers quoi, après tout? Vers une éclaircie avant une autre averse?
Et que va-t-on dire aux enfants.


J'aime à penser que les éclaircies ne sont pas des anomalies entre deux averses. Que les éclaircies sont plus que des intermittentes défaillances, et que les averses les rendent encore plus belles, parce qu'elles nous font mesurer la fragilité d'un rayon d'aurore.
Alors oui, la valse reprend.
Avec de l'eau encore dans les mains.
Les mots de la toile, les mots doux, dont je parlais plus haut, ils sont un rappel de l'Essentiel d'une main tendue. Ils nous redisent que les éclaircies naissent des échanges.
Rien que pour cela, il y aura des mots, encore, ici, et ailleurs.
Merci aux lecteurs proches ou lointains qui ré-affirment chaque jour que la douceur (en pincée) mérite encore d'être semée, partout.
A très bientôt.
N'oubliez pas...
Cherchez les éclaircies, et la douceur des levers de soleil.
Et, en tendant votre parapluie de bras vers eux, expliquez le respect aux enfants.




23 commentaires:

  1. Que dirons-nous aux enfants ?
    "Qu'il faut aimer la vie, l'aimer même si
    Le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants
    Et les mistrals gagnants..."

    Tout en douceur sous ta plume... Merci.

    Emi Pesch

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    1. mais euh Emi ... pfff quoi !!! ;)

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    2. Oh Emi <3
      Merci de nous mettre de jolies mélodies dans la tête, nous en avons besoin...
      Si seulement "le temps" était le seul assassin...
      Merci de tes partages, tu as un don pour trouver le mot juste, je suis émue d'avoir ton regard de lectrice tout en finesse, toujours.
      Merci.

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  2. je ne sais pas ce que je vais dire à ma merveille .... encore trop petit ;)
    je ne sais pas si tous ces gens qui sont morts avaient des enfants (sûrement d'ailleurs) et suivant leur âge ........ comment vont-ils réagir? comment leur expliquer ........ c'est à eux que je pense :'( :'(

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    1. Oh oui Résé, c'est dur...
      Merci de ta vraie générosité, de tes souriantes apparitions, de ton amour distribué en chantant.

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  3. Tu as tout dit, si délicatement, si parfaitement.
    J'allais demander à nouveau 'et que va-t-on dire aux enfants', et puis Emi a su mieux que personne répondre à cette question.

    Tendrement,
    Ophélie

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    1. C'est toi, aussi, qui as tout dit.
      Merci de ta présence Ophélie, merci d'être Ophélie <3
      A tout bientôt.

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  4. Mêmes inquiétudes, même gorge serrée, des torrents qui coulent des yeux.
    "J'aime à penser que les éclaircies ne sont pas des anomalies entre deux averses. Que les éclaircies sont plus que des intermittentes défaillances, et que les averses les rendent encore plus belles, parce qu'elles nous font mesurer la fragilité d'un rayon d'aurore."
    Oui mille fois oui, et ne surtout pas l'oublier.
    Pour ce que l'on dira aux enfants, la réponde d'Emi Pesch est très jolie je trouve.
    Quant à ce qu'on leur laissera...
    Merci pour tes doux mots, Cél.

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  5. Merci pour ce très bel article.
    Les enfants, heureusement, ne réalisent pas "pourquoi c'est si grave", question transmise par quelques-uns de mes amis qui sont parents.
    Quant aux adolescents, même si on ne peut pas expliquer ça, on peut tenter avec eux de réfléchir à cette question des enfants, grâce aux mots et aux dessins de tous ceux qui depuis l'Antiquité ont eu à souffrir qu'on veuille leur clouer le bec.

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    1. Ah, leur expliquer pourquoi c'est grave, c'est difficile... Sans les inquiéter, sans les affoler, mais en leur faisant mesurer, tout de même, les choses...
      Merci à toi Manon.

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  6. Merci, mille fois merci de mettre en mots si joliment mon ressenti !
    Et merci de faire ce beau métier de prof pour transmettre toutes les belles valeurs que tu véhicules aux générations futures ! Eloïse

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    1. C'est ce que j'aime dans ce métier, me rappeler que chaque petite âme d'élève est celle d'un citoyen en devenir... Quelle responsabilité... Mais c'est joli, j'aime cela.
      Merci à toi Eloïse, c'est gentil de considérer ce métier comme "beau", peu le disent!

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  7. Une enseignante en maternelle hier midi, au lieu de faire respecter une minute de silence par ses élèves, leur a demander de réaliser un dessin de leur choix, dans le calme. Elle leur a expliqué que des messieurs dont dessiner dans des journaux était le métier, avaient été tués par des personnes qui ne connaissaient pas le respect et le droit à être libre. Elle a collé cette étiquette sur chaque dessin
    " Parce que nous sommes trop petits pour nous taire pendant une minute afin de rendre hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, nous dessinons pour que personne ne puisse un jour nous interdire de dessiner ". et elle a envoyé les dessins à Charlie Hebdo...

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    1. Oh c'est superbe comme action ! Un des meilleurs recueillements possibles: le partage. Si vous savez, félicitez-la bien, elle a agi avec justesse et intelligence.

      Emi Pesch

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    2. Une belle idée, effectivement! Pour associer encore plus de mains et de crayons, pour s'unir, encore plus, encore plus...
      Merci beaucoup de ce partage!

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  8. Céline,
    Face à ce monde qui devient fou, face à cette violence, physique et symbolique, qui prend toujours un peu plus d'ampleur, tes mots et tes photos sont d'une douceur extrême. Merci. Vraiment! J'espère que tes élèves se rendent compte de la chance qu'ils ont de t'avoir...
    Bises très affectueuses,
    Marie.

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    1. Je ne suis vraiment pas sûre qu'ils aient "de la chance"! C'est plutôt moi qui ai de la chance (et qui le mesure) de pouvoir les guider, même un tout petit peu. Merci à toi, Marie, tes mots font si chaud au cœur! Laissons la douceur, la poésie et l'amitié prendre le dessus... Bises tout aussi affectueuses :)

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  9. Comment expliquer l'inexplicable ? même aux adultes ? alors aux enfants ...
    Dessiner, faire rire et leur dire que le rire est le plus grand des bonheurs et que ce bonheur rien ni personne ne peut le supprimer.

    Pour les plus grands, leur faire écouter cette chanson où tout est dit et bien dit :
    http://www.youtube.com/watch?v=-bjbUg9d64g&sns=em

    Merci Céline pour tes mots, toujours si bien choisis.

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*Merci de vos mots! *