lundi 3 décembre 2012

En crypté et en clair

Voilà des jours que je reste muette sur ces pages, et j'en suis navrée. Je cours, et les impératifs de la vie qui passe me prennent du temps. Les beaux impératifs, les jolis projets, et ceux, plus banals, du travail...Jusqu'à ce que quelques commentaires se manifestent sur ces pages, et m'encouragent à penser à ce petit lieu virtuel que j'affectionne, et dans lequel j'aime me rendre comme dans un bon salon de thé. C'est idiot, direz-vous, on n'a pas besoin de savoir que l'on est lu pour écrire. Mais quand même, quand même, savoir que les mots que je lance trouvent, parfois, des personnes lointaines qui les attrapent au vol m'enchante, et j'y vois un vrai encouragement à continuer.

Pour aujourd'hui, un partage tout simple, une expérience du quotidien qui m'a fait sourire, et qui, comme tout chose qui fait sourire, mérite donc d'être échangée...



Jeudi dernier, j'ai fait route sous une brume de tous les diables. Un brouillard tel que je n'y voyais pas à quelques mètres, parfois. Je n'aime pas ces conditions météorologiques capricieuses qui font de mon trajet un raid à hauts risques, qui me semble trop long et périlleux.
Mais, ce matin-là, il s'est produit un phénomène amusant : alors que je suis partie en plein nuage, je suis arrivée sous un ciel totalement clair. Et au fur et à mesure de mon trajet, les brumes se dissipaient. L'opacité ambiante se délitait, en silence, et le monde flou devenait net.
A mi-parcours, j'ai un feu rouge, et sur ma gauche, j'ai une vue imprenable sur une vallée. C'est une vue que j'aime bien, mais, à cet endroit, la route est tout en zig-zag, ce qui m'impose de me concentrer sur ce qui vient devant. Ainsi, si je n'ai pas le feu rouge, je ne peux pas contempler la vallée. Ce joli spectacle n'est donc que le compensation éphémère des matins où le feu et rouge, où j'ai le loisir d'attendre, et de tourner la tête.
Ce jour-là, le feu était rouge, comme pour me faire signe. Alors que je venais de braver une route délicate, et que je mettais tous mes espoirs dans cette mise en route de levée du brouillard, j'ai donc tourné la tête. Le spectacle qui s'est offert à moi m'a ravie, et j'ai regretté, sur le coup de ne pas avoir mon appareil photo. Sauf que, justement, il n'y aurait eu rien à photographier. On ne voyait rien. Ou plutôt, on voyait le bord de la route, quelques arbres, et le reste était comme avalé par le blanc. Le paysage familier si riche qui s'étend normalement jusqu'à un horizon lointain était réduit à une étendue opaque et cotonneuse. Du blanc, sans frontière entre la terre et le ciel. Une vue aveugle, un "rien" que j'ai paradoxalement contemplé avec un vrai plaisir. Le vide de la vallée, les descentes que l'on voit en temps normal, les maisons, les côtes rocheuses, les arbres qui étendent leurs bras morts de décembre, les buissons rougis...Je savais qu'ils étaient là, quelque part, derrière le rideau. Mais la scène restait close. Parfois, il est des spectacles devinés qui sont plus appréciables que ceux qui se donnent à la vue sans rechigner. Savoir que l'on nous cache quelque chose est intriguant, et cette position du spectateur qui peut tout imaginer, frustré et impatient, est un bonheur qu'il faut savoir savourer. Ce matin-là, je pensais donc à l'attente, la frustration, l'impatience. Je regardais le rien, le rideau fermé.

Puis, ravie de ce caprice naturel, je suis sortie. Côté cour.



1 commentaire:

  1. l'usage de l'appareil photo, tout comme celui du portable, n'est-il pas interdit au volant tout en roulant ? Mais c'est peut-être le risque assumé qui rend le cliché précieux....?

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