mercredi 17 octobre 2012

Divine

Aujourd'hui, j'ai fait briller les yeux d'un enfant.

Un petit garçon de onze ans a lentement levé la tête et m'a regardée comme une déesse, et dans son regard ébahi rayonnait une gratitude et une admiration sans bornes. Il est sorti de la salle, en sautillant, tout persuadé que j'avais accompli un exploit, et que j'étais tout à fait en mesure d'accomplir d'autres miracles quotidiens comme d'autres vont acheter deux baguettes. Question béatification, ce n'était plus qu'une question de jours, semblait-il, d'après son sourire si reconnaissant, si heureux. Il a filé raconter ce qu'il avait vu comme saint Jean-Baptiste alla prêcher la bonne parole. Moi, je suis restée seule dans la salle avec une auréole de lumière qui irradiait toujours autour de moi, et un air béat de sainte Thérèse de Lisieux, les yeux vers le ciel, emprunts d'une modestie toute de recueillement conçue.

Mais quel exploit fut à la source de tant d'admiration éperdue? hurle la foule en délire.

Non, il n'a pas eu cette réaction admirative à la vue d'un quelconque concours sur mon CV, ou à la narration d'un diplôme que j'aurais pu obtenir. Il ne m'a pas vu jouer un morceau de piano, ni réciter l'alphabet en langue des signes ou en grec ancien. Je ne lui ai pas parlé de Beckett, je n'ai pas résumé Phèdre acte par acte, je n'ai pas récité de Baudelaire. Je ne lui ai même pas appris une expression qu'il n'aurait pas connue, un joli mot qu'il aurait découvert, une étymologie mystérieuse et amusante. Je n'ai ouvert ses yeux ni sur la beauté de la place Saint-Marc au petit jour, ni sur les couleurs rudes et harmonieuses des collines de l'Argolide, ni sur les colonnes massives du Panthéon, ni sur la beauté sans fin du cap Sounion. Je ne lui ai pas fait écouter le requiem de Fauré, je ne lui ai pas montré la finesse de la Jeune fille au Turban. Je n'ai même pas corrigé la subtilité d'un passé simple.

Non. J'ai simplement décoincé la fermeture éclair de son sac à dos, dans laquelle le fil de la couture s'était pris.
Appelez-moi Wonderwoman quand même, que voulez-vous...



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