lundi 30 avril 2012

The Unperfect Touch


J'ai un ongle rose.

Samedi, je suis allée dans le gros Sephora de la Ville. Là où c'est tellement grand, et tellement plein de monde, que l'on peut tester tous les parfums et sortir toutes les couleurs de maquillage sans qu'aucune vendeuse ne vienne à l'assaut. Là où ça sent la fille, là où l'on voit des étagères pleines de produits qui font envie à des prix effrayants, là où je me sens très peu maquillée (surtout en vacances, je suis en RTT de peau. Je peux toujours avancer l'argument du "c'est le printemps, je suis en mode Nude.") Là où ça sent la poudre, la vanille, la rose, le formaldehyde, tout mélangé. Je ne vais pas souvent dans cet antre de Cils-allongés-Cheveux-Longs (et Soyeux), et je m'amuse donc des moments où je profite de cette ambiance, qui ne me manque pas pour autant le reste de l'année, dans mes moments ruraux...

J'ai donc regardé les vernis à ongles, qui étaient alignés comme des petits pots à épices dans une grande cuisine, tous différents, tous tentants. Et puis, comme une audacieuse qui goûte avant d'acheter, j'ai eu envie de tester sur mon pouce. J'ai donc accumulé les couleurs sur le même doigt (mon audace de fraudeuse a des limites), et j'ai eu un pouce d'Alice au pays des merveilles, tour à tour bleu, rouge et rose. Le vernis rose, je ne l'ai pas pris. Mais je suis sortie de cette caverne multicolore dépareillée des ongles.




Je n'ai pas eu envie de l'enlever en trois jours. Je dois avouer que le fait d'avoir un seul ongle rose m'amuse beaucoup, au point que je me demande si je ne vais pas lancer la mode. Est-ce le côté hors norme, ou la transgression anodine, le détail anormal, le côté inachevé...Toujours est-il que je prends plaisir à être la fille au pouce rose. Cela me rappelait une vieille photo, qui, cette fois, faisait de moi la fille aux pieds dépareillés.


Cette photo a été prise très rapidement, parce qu'entre la phase dissolvant du pied gauche et celle du pied droit, j'ai appris une bonne nouvelle. J'aime bien cet instantané qui me rappelle que la vie ne prévient pas, et que le monde extérieur laisse des marques sur nous. Que toute tâche commencée peut être interrompue par une nouvelle, une intervention extérieure qui bouleverse le programme. 
La "Perfect Touch", c'est le sésame dont les magazines s'arrachent l'exclusivité, le petit détail qui sublime, qui parachève l'ensemble, qui donne l'impression que tout est parfaitement fini. Eh bien, je lancerais bien l'inverse. L'impression que tout n'est pas fini, au contraire, qu'il y a encore à faire. Après tout, être ostensiblement "à moitié", c'est assez tentant, parce que c'est à l'imparfaite qu'on est le plus dans le présent.

Les filles, la prochaine fois que vous enlevez votre vernis, pensez-y. Faites une pause entre la main droite et la main gauche. Et si le téléphone sonne à ce moment-là pour vous annoncer une bonne nouvelle, restez comme ça, pensez à l'Unperfect-Touch...

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