dimanche 11 mars 2012

Le septième jour

              Le dimanche après-midi a toujours une couleur particulière. Il passe toujours si vite, pour peu que le déjeuner soit, comme chez nous, tout décalé...La nuit vient très tôt, on a à peine le temps de réfléchir à ce qu'on va faire pour l'occuper, qu'il faut déjà penser à faire cuire la soupe. Calme et serein, il est comme le ronronnement du train qui ralentit avant de s'arrêter à destination. Il est à la fin de quelque chose, et rien que pour cela, j'ai du mal à l'apprécier.
            Je préfère les veilles aux lendemains.





          
         Si l'on choisit de le réserver au travail, il est encore plus désagréable. Un peu d'encre avant de lever l'ancre. Si, pour tromper une tristesse qui remonte à l'enfance, on essaie de l'occuper à des tas de petites choses plaisantes et anodines, il est plus doux. Mais il ne trompe personne, parce que, même les mains ou les yeux occupés, la glaneuse du dimanche après-midi ne fait que penser à la terrible mais inébranlable vérité : demain, c'est lundi. Il faut anticiper, préparer, régler les voiles avant le départ.
         C'est le point d'orgue d'un bon moment. Il permet aux instrumentistes de se retrouver dans une unisson tranquille, il prolonge un peu l'harmonie, mais c'est un point d'orgue, un signe que bientôt, il faudra applaudir et remettre son manteau. C'est une conclusion, une fin de générique. Allez, quand tu auras fait ton cartable, lave-toi les mains et mets le couvert.









              Parfois, pour me consoler, je pense aux dimanches soirs de l'enfance, à la grosse peluche en Ratus, à la petite robe de chambre rose, à la cocotte minute. Souvent, aussi pour me consoler, je mets quelque chose au four, un réconfort par les saveurs.
            Le mieux, c'est encore de penser que dans cinq jours, c'est déjà vendredi, dans cinq jours, on ne sera plus à la fin mais au début...A l'orée d'autre chose...Tout sera possible, dans cet alors envisagé, tout sera permis, à ce lever de rideau! Il faut qu'il y ait des fins pour qu'il y ait des débuts. Des départs pour des arrivées.

           Je pense souvent que notre capacité à être heureux dépend de tous ces deuils que nous devons faire sans cesse. Notre vie est une succession de fins et de débuts, de renoncements et de nouveautés, de dimanches et de vendredis. Il faut sans arrêt laisser derrière nous des moments, choisir un sentier pour en délaisser un autre. Accepter les fins, c'est sans doute le secret, ou un des secrets, pour sourire aux débuts...Accepter que la trotteuse tourne, qu'elle nous pousse à aller de l'avant, et que, s'il faut payer les joies des vendredis avec la monnaie des dimanches soirs, après tout, il ne s'agit que d'un honnête marché...




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