samedi 4 février 2012

Savoir raisin garder

 


"Madame, il y a un mot dans le texte, je le comprends pas : c'est quoi la "rosée"? -Ah siii! C'est pas du vin?"

Je souriais l'autre jour de cette confusion de fils de viticulteur, dont les parents devait plus souvent mentionner "le rosé" que "la rosée", et j'imaginais que la nature puisse se couvrir chaque matin d'un bon petit vin d'été. Il n'y aurait qu'à se pencher vers les hautes herbes pour récolter de quoi égayer un repas, et tout serait plus simple.
Il est amusant de voir cette homonymie entre phénomène météorologique et boisson. Cela rappelle combien le monde du vin, si mystérieux, et si sensible aux caprices de la nature,  est décidément totalement tributaire de la météo. En tant de siècles, la main de l'homme a réussi à maîtriser beaucoup de choses. Elle peut reconstituer des climats, faire pousser sous serre des légumes de l'autre bout du monde, créer des espèces hybrides de fruits, calibrés, d'une certaine couleur, d'une certaine taille, programmés pour mûrir à une certaine date. Mais le monde de la vigne, lui, n'est pas si différent de celui qui existait il y a des siècles. Il résiste encore un peu à l'emprise humaine, il reste capricieux, délicat, incontrôlable. Ce n'est pas faute d'essayer, mais c'est ainsi, les viticulteurs sont résolument à part, incapables de savoir à l'avance si le raisin qui leur donne tant de travail deviendra un grand vin...s'il deviendra un vin, tout court, d'ailleurs, pour peu qu'une mauvaise pluie ruine des heures d'ouvrage.

Les paysages enneigés de cette semaine ont livré de magnifiques couleurs, si rares par ici. Mais les plus curieux étaient ces hectares de cépages d'Anjou blanchis, paralysés, comme endormis sous une couverture qu'ils ne connaissaient pas. Comme des rangées de squelettes noirs et blancs qui tendaient les bras, silencieux, victimes de l'enchantement du château de la Belle au Bois dormant. Un drôle de spectacle, un peu lugubre, un peu inquiétant, mais qui a ceci de rassurant : il affirme que la nature a tous les droits, et qu'elle ne sera jamais totalement maîtrisable.





















La rosée de l'hiver a ses raisons que le rosé ne connaît point...

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