lundi 27 février 2012

Je m'incline


Depuis toute petite, j'ai la tête penchée. J'ai beau me tenir le plus droit possible, sortir la tête des épaules, m'étirer les bras, j'en reviens toujours à cette curieuse position dans laquelle ma tête tombe un peu du côté droit. Comme dans The Brain. Droite comme un iota, mais avec un accent en haut. Cela ne se remarque pas trop, en général, parce que l'inclinaison est légère, et que l'on n'y prête pas attention. Pourtant, c'est un signe distinctif assez amusant, parce que je ne le contrôle pas, et que je le partage avec peu de gens. Quand des mains extérieures me mettent la tête droite de force, je suis mal à l'aise, j'ai l'impression qu'elle penche à gauche, et, inévitablement, elle retombe dans sa position initiale. Plouc. Vers la droite.
Bancale, je suis.
Je vois la vie de biais. 

Des médecins ont rédigé des rapports, cherchant l'explication dans les vertèbres, les yeux, même les dents, mais, bredouilles, ils ont laissé le mystère entier, et ma tête faire Plouc en sortant de leur cabinet.
Quand je me vois dans le grand miroir de la salle de danse, ou dans celui du coiffeur, je peux m'orienter pour me tenir la tête droite, mais cette position m'est tellement peu naturelle qu'elle est totalement passagère. Je suis une ligne bien verticale l'espace d'un instant, puis je m'arrondis à nouveau du sommet. Le monde redevient de travers, les paysages en diagonale.
Cela doit contribuer à me donner un air un peu curieux, celui de la rêveuse qui s'est cassé le cou en tombant de son nuage.



     Tout à l'heure, la prof de yoga est venue vers moi à la fin du cours, très calmement. Elle m'a dit, avec un sourire très doux et une voix aérienne : "As-tu remarqué que, allongée, tu es droite, mais debout, tu écoutes le ciel de l'oreille gauche?" La formule m'a ravie, je l'ai trouvée toute jolie et bien trouvée, et j'ai d'emblée décidé de la ranger dans un coin de ma tête oblique.
Je ne souffre pas d'un "port de tête penchée", ou d'une "inclinaison cervicale", non, "j'écoute le ciel de l'oreille gauche". Le petit côté apache est amusant, le côté guetteur, moi qui ne vois jamais rien venir avec mes yeux abimés. Après tout, il s'agit peut-être d'un réflexe pour compenser une mauvaise vision : l'écoute du vent, à la Buffalo Bill. Et puis, on n'écoute jamais assez bien le ciel. Naturellement, nous sommes des horizontaux de l'ouïe, nous écoutons à gauche, à droite, mais ici-bas. Le système auditif de l'Homme contribue à le rendre très terre-à-terre. Moi, j'ai involontairement bouleversé les habitudes, et je me décale un peu du chef, pour laisser parler les hautes sphères. On ne sait jamais, si un jour, j'entends ce que le ciel me souffle pour avancer dans le bon sens, le sens du vent...
Et pourquoi à gauche? Peut-être parce que c'est le côté du soleil couchant, celui des jolies soirées à la lumière aussi douce que celle de ce soir...Laissons l'occident chanter, c'est ce que dit ma petite courbe cérébrale!


1 commentaire:

  1. Cette silhouette, ce long cou me font penser à un Modigliani...

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