lundi 2 janvier 2012

On trinque?

Il est des photos qui laissent à penser.
L'image fixe a toujours chez moi provoqué des interrogations et des vagabondages de l'esprit plus légers et plus fertiles que l'image mobile, comme si mon cerveau avait besoin d'un immobilisme, gage de simplicité, pour chercher des connexions. C'est que l'image mobile, trop rapide, trop compliquée pour mes synapses qui travaillent un peu comme bon leur semble, me paraît bien plus subtile et bien plus difficile à analyser. Ce qu'il y a de bien avec l'image fixe, c'est qu'elle laisse le temps de se laisser appréhender.



En regardant cette photo, je laissais donc aller mes réflexions toutes sobres (et si). Et je pensais à ce célèbre aphorisme d'Alfred de Musset, "qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse." C'est une phrase si connue qu'on la dit sans trop y penser, et il y a toujours un joyeux drille lors des fêtes un peu arrosées qui demande la bouteille et qui étale son Musset comme s'il disait "une hirondelle ne fait pas le printemps", ou "pierre qui roule n'amasse pas mousse".

Qu"importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Pourtant, à bien y penser, je crois que je ne suis pas vraiment d'accord avec l'idée. En effet cela induit, si je ne me trompe pas, que l'efficience de quelque chose a plus de valeur que la chose en elle-même, que ce qui résulte d'une action ou d'une personne compte davantage que tout ce qui a précédé ce résultat. Autrement dit, qu'importent les moyens, c'est la fin qui prime, qu'importe ce qui a procuré une sensation pourvu qu'elle fût éprouvée. Eh bien, je ne suis pas trop d'accord, voilà.

Oui, en matière de vin comme dans la vie, le flacon importe. Plus encore : l'ivresse en dépend, ce n'est pas "qu'importe le flacon", c'est "en fonction du flacon que l'on connait l'ivresse". Après ces périodes de fêtes, nous en avons tous fait l'expérience : on ne ressent pas du tout la même sensation avec du bon champagne (ou du bon cognac!) qu'avec un vin rouge médiocre. C'est comme si l'organisme distinguait le noble du bas de gamme en nous mettant dans un état agréable dans un cas, bien moins subtil dans l'autre. Comme si ressentir l'ivresse, ou tout autre sentiment en fait, variait en fonction de ce qui l'a générée. Consciemment, ou inconsciemment, notre réjouissance dépend de ce qui l'a procurée, notre joie est bien plus vraie et bien plus agréable lorsqu'elle est le fruit d'un flacon qui a de la valeur à nos yeux. La reconnaissance, l'affection, le bien être, qu'il soit extatique ou serein, le bonheur même, ces belles ivresses sont totalement tributaires de ce qui les a engendrées. De la fierté que l'on peut ressentir, de soi ou des autres.
Notre champagne des émotions ne supporte pas la sous-marque, c'est ainsi.

D'une manière générale, je me méfie des phrases qui commencent par "qu'importe", car il est rare qu'une chose n'importe pas, ou alors, ce n'est pas celle que l'on croit. Mais dans ce cas, j'oserais répondre à Musset que j'aime les beaux flacons qui engendrent de vraies belles émotions, à table comme dans la vie. S'il avait regardé la main de mon papa près du cognac charentais, il aurait sûrement été d'accord...Et moi, en ce début de 2012, je vous souhaite une année pleine des alcools les plus nobles!

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