vendredi 16 décembre 2011

Trêve des confiseurs

Ce matin, alors que je regardais mes élèves de 10 ans piocher dans le paquet de carambars que j'avais amené et se réjouir de tomber sur celui à la framboise, je m'interrogeais sur l'enthousiasme.




S'il y a bien une différence entre un groupe d'enfants de 10 ans et un groupe de 17 ans, elle réside dans cette curieuse évolution : la perte de la capacité d'émerveillement. Nous en sommes tous conscients sans pour autant le corriger : le moindre événement, la moindre perspective qui soit un tant soit peu réjouissante provoque l'excitation toute démesurée de l'enfant, et, si ce n'est l'indifférence de l'adulte, un petit contentement, pâle reflet de la joie enfantine.
Chez les petits, la plus banale des nouveautés est accueillie comme une nouvelle occasion de découvrir et de passer un moment hors du commun, le moindre petit bonheur est une vraie raison d'être profondément heureux. Chez les plus grands, passé le stade du refus de cette joie qui va avec le refus de l'enfance, on se contente de se dire qu'on a de la chance, que les choses vont au mieux. Mais l'on n' affiche plus les signes extérieurs de ce fameux enthousiasme, et, au fond, on se contente parfois de dire que l'on est bien content sans l'être vraiment au fond de nous. Oui, le carambar à la framboise, c'est bien joli, mais bon. Soyons sérieux, soyons adultes, c'est toujours mieux que celui au citron, mais cela ne vaut pas le coup de sauter au plafond. C'est même tout juste si l'on remarque que l'on a pris celui à la framboise, en fait.

Vu de l'extérieur, c'est assez triste. Comme si le fait d'être heureux se modifiait avec le temps. Comme si l'enthousiasme souffrait d'érosion, et qu'il devenait tout mesuré, tout intériorisé, tout rabougri dans le contrôle de nos émotions. Les philosophes me corrigeraient en affirmant que le bonheur de l'enfant n'est pas un vrai bonheur, puisqu'il n'est pas conscient ni réfléchi, qu'il n'a rien de la vraie Félicité de l'adulte. Soit. Il reste que, n'en déplaise aux philosophes, j'avoue que je regrette de ne plus m'extasier du carambar à la framboise. Et j'aimerais retrouver le réflexe aux bonds démesurés à l'annonce d'une nouvelle qui a de jolies couleurs...Mais cela ne sera jamais plus pareil, puisque je cherche à retrouver un état qui devrait être spontané et tout naïf, puisque je veux raviver la flamme d'une bougie rafistolée.

Qu'à cela ne tienne. L'enthousiasme est comme un bon gratin de pâtes : il supporte le réchauffé. Et puis, dans le flot des visages moroses trop nombreux qui pensent à se plaindre du temps pendant qu'ils mangent un carambar dont il ne savent même pas l'arôme, il fait bon se rappeler que la réjouissance, même pour les détails, surtout pour les détails, c'est peut-être ce qui mène à la Félicité...qui sait?

1 commentaire:

  1. Eric: "ba moi j'aime bien les citrons aussi"
    Claire: "Wouaah il est cool son vernis!"

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