samedi 10 décembre 2011

Sage comme une image

J'ai un péché mignon.

Naaaan, je ne parle pas de brioche. Ni de chocolat. Ni, nouvelle addiction ces dernières semaines, de bananes séchées. (J'ai passé des années à les dédaigner, voire à les trier dans les mélanges de fruits secs tout faits. Jusqu'à ce que mes papilles réalisent que, scoop of the year, en fait, elles aiment. Elles adorent, même, elles se pâment, elles sont conquises, elles sont extatiques. Bon. J'en déduis que, 1) je deviens une droguée de la banane séchée, 2) le coup de foudre gustatif est une sensation plutôt agréable, et sa petite couleur de nouveauté est réjouissante, tout incontrôlable soit le fait.)

Donc, je ne parle pas de péché nutritif. J'ai plein de péchés mignons, en fait, et cette antinomie m'amuse, comme si l'on pouvait "pécher" mais en étant tout mignon, comme s'il existait des Fautes Graves et des petites fautes, des fautinettes, des tendances pardonnables parce que légères et sans conséquences. Mais à partir de quand un péché est-il mignon? Où est la frontière entre Péché et Péché mignon, entre tendance agréable et voluptueuse et vraie erreur?

Je laisse de côté les interrogations métaphysiques : je voulais donc parler de mon péché mignon littéraire, ma banane séchée de la bibliothèque, ma brioche livresque. J'ai des goûts qui restent assez larges en matière de livres, et si je n'apprécie pas tout, il y a peu de genres que je refuse complètement d'aborder, de livres que je ne peux vraiment pas lire. Je m'autorise à leur endroit la plus grande liberté, et j'ai souvent deux ou trois livres en cours, sans culpabiliser de picorer, de ne pas finir, ou d'oublier des passages. Je côtoie seulement certains livres et je développe avec d'autres une vraie relation, de même qu'il existe des personnes que l'on prend plaisir à croiser rarement et des amis dont on recherche le contact fréquent.
Mais dans les dures périodes, comme celle-ci, dans les périodes de fatigue, de pluie et de froid, je me réfugie dans un péché qui m'est mignon depuis longtemps : la littérature jeunesse.

J'ai pour habitude de brandir l'excuse selon laquelle je ne fais que m'informer, savoir ce que lisent mes élèves, ce qui est à la mode, ce qui fait parler les enfants, ce qui suscite encore chez les plus jeunes la trop rare envie de lire. En fait, tous ces beaux prétextes ne sont que raisons officielles : la vérité est que j'adore ça. Les livres des éditions Rageot, Gallimard jeunesse, les gros Folio avec des illustrations pleines de couleurs. Les sagas en plusieurs tomes, avec de l'action, du suspense, un enfant qui découvre qu'il est né dans un autre monde et qu'il va jouer dans cet ailleurs fantastique, comme par hasard, un rôle déterminant, des objets magiques, des sorciers, des gentils et des méchants, un grosse bataille finale, des amours et des larmes. Je me plaîs à mesurer les tactiques narratives plus ou moins travaillées, les effets de style plus ou moins subtils, les bouleversements temporels attendus ou non, et c'est pourquoi je privilégie les auteurs français. Mais l'analyse ne va pas trop loin. Au contraire. Pour une fois, je (re)deviens une vraie lectrice, comme si la littérature-jeunesse me faisait replonger dans l'état de la lectrice non-initiée, celle qui ne s'interroge pas sur la littérarité mais glisse voluptueusement dans l'œuvre. Je me laisse porter par l'atmosphère magique que chaque auteur réussit à créer, et je suis une proie facile à la mise en place des effets d'attente que, dans d'autres situations plus studieuses, j'analyse froidement. Je suis comme le médecin qui regarde Dr House et qui se laisse aller à oublier son travail, véritablement rassuré quand Hugh Laurie affirme que pour le patient "that's not Lupus".

Ma tendance gustative dans ce domaine est d'autant plus développée qu'il existe réellement de bons ouvrages en la matière. Pour les connaître et avoir un petit éventail de comparaison, je n'hésiterais pas à affirmer que des auteurs comme Pierre Bottero, Thimothée de Fombelle, ou encore (nouvelle découverte) Jean Molla, sont à l'origine de petits trésors de gourmandise, bien ficelés, bien rythmés, bien pensés. Ils sont mes auteurs officieux, ceux dont j'attends avec une vraie impatience d'enfant les suites et les tomes suivants. Quand on me les offre (ou que je me les offre moi-même d'ailleurs), je retombe dans l'état de l'enfant qui sort de la chocolaterie avec un trésor, je caresse la couverture, je retarde le commencement de la lecture, et encore plus le passage douloureux de la dernière page.

Que voulez-vous, on ne contrôle pas toujours ses péchés, mignons ou non. En l'occurrence, je ne pense pas qu'il s'agisse de faute moins mignonne que la banane séchée. Une addiction somme toute inoffensive et mesurée puisque consciente et consentie. En ces périodes festives, il est si doux de regagner les rivages de l'enfance...

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