samedi 3 décembre 2011

Les filles, laissez tout tomber.

"La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !"


Eh bien les filles, laissez tout tomber.

Je me récitais l'autre jour ces beaux vers de Baudelaire, après une révélation fracassante sur la séduction déambulatoire.
Je veux parler ici non de la vraie séduction, celle qui est si douce et si violente à la fois, celle qui bouscule tout et qui s'enracine avec le temps... Celle qui est presque plus efficace lorsqu'elle n'est pas savamment exercée, mais gauche, mais toute maladroite, mais toute fragile...Non, ce à quoi je pensais, c'est le regard du passant pour la passante. Le jeu de dupe pour voir sous les jupes, le regard qui balaie la silhouette, d'inconnu à inconnue, et qui ne précède rien d'autre que le plaisir d'avoir été pris en flagrant délit de séduction à l'état d'étincelle, fugace et éphémère.

Je pensais à toutes les armes de séduction dont la gente féminine se pare chaque jour, toutes les astuces pour attirer les rétines et les pupilles, toutes les entourloupes pour se sentir désirable et désirée, tous les artifices pour s'offrir le plaisir de sentir les regards des mâles.

J'ai beau moi-même affirmer une certaine indépendance au regard des autres, j'ai beau avoir la chance de ne vouloir, au fond, plaire qu'à un seul, je ne vais pas jouer à affirmer que je n'œuvre pas pour attirer quelques regards. Je les vois, dans le fond, celles qui s'offusquent, qui disent qu'elles ne cherchent jamais à plaire, et qui sont précisément celles qui sont chaque jour en jupe fendue-ongles rouges, celles qui font tourner la tête des envieux et qui inclinent la tête des jalouses. Ne soyons pas hypocrites. Tout se passe comme s'il était inscrit en nous que pour être rassurée, il faut être désirable. Confortée dans un instinct, sûrement un peu animal, qui pousse à rêver qu'il se dise "Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais". Ce souci nous impose de drôles de parures. Le maquillage, les collants, les bas (c'est le niveau 2), les talons, la dentelle, les trucs qui serrent, qui piquent, les barrettes, et tout un tralala qui prend du temps le matin et le soir. Eh bien, j'ai un scoop.

Ce n'en est pas vraiment un, mais quand même, cela vaut le coup d'être noté, constatai-je ce jour-là en allant faire quelques courses juste après une séance de sport. Le secret est là. Essayez pour voir, en sortant de la danse ou du yoga. Ne profitez pas des vestiaires et filez dans la rue. Comme ça. En bon vieux caleçon décathlon XS, en débardeur près du corps et en veste de jogg à capuche. En baskets. Et avec les cheveux qui disent "j'ai tout attaché au sommet du crâne pendant le feu rouge mais il est vite devenu vert alors les mèches tombent de partout". C'est désarmant, cela va contre tout ce que l'on imagine, cela abolit toutes nos théories sur la séduction des Passantes, mais voilà : jamais je n'avais eu tant de regards. Des regards masculins appuyés qui ne se levaient qu'à la dernière minute, des esquisses de sourires, des pas un peu ralentis, des regards féminins qui me fusillaient pour tuer dans l'œuf une quelconque ambition de rivaliser. Oui, l'allure de la sportive en coton qui clame sa souplesse et qui n'est précisément pas apprêtée pour plaire, cela vaut mieux que toutes les robes noires, étais-je forcée de constater.

Il est de ces petits mystères que l'on se délecte à analyser, qui n'ont finalement pas beaucoup d'importance, mais qui ajoutent un sourire au quotidien. Est-ce toujours le meilleur moyen de trouver ce que l'on cherche que de précisément ne rien faire pour le trouver? Le domaine de la séduction est décidément insondable. Et c'est tellement mieux ainsi...

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